28 novembre 2009
Renonces-toi
Le monde dit : « Je voudrais tellement vivre la piété et la ferveur que d’autres semblent vivre, être en paix avec Dieu comme d’autres le sont, être véritablement pauvre. » 
Ou encore : « Quoi que je fasse et où que je sois, je ne suis jamais satisfait. Je voudrais tant être loin de chez moi, sans affaires, dans un monastère ou un lieu reculé. »
En vérité, tout cela n’est autre que toi, ta volonté propre que tu suis constamment sans même t’en rendre compte. Que tu l’admettes ou non, jamais un mécontentement ne surgit en toi qui ne soit ta création.
Entendons-nous bien : fuir ceci, aller vers cela, éviter ces gens, rechercher manière ou occupation n’est que ton agitation. La cause de tes difficultés n’est pas dans les choses, c’est toi-même dans les choses. C’est pourquoi regardes-toi d’abord et quittes-toi. En vérité, tant que tu ne te libères pas de ton vouloir, tu auras beau fuir, tu retrouveras partout obstacles et inquiétudes.
Chercher quoi que ce soit dans les choses extérieures, la paix, un lieu de retraite, la société des hommes, telle façon d’agir, les nobles œuvres, l’exil, la pauvreté ou l’abandon de tout, quelle qu’en soit la grandeur tout cela n’est rien, ne compte pour rien, ne donne rien — surtout pas la paix. Pareille quête ne mène nulle part : plus on cherche ainsi, moins on trouve. Ayant pris un chemin faux, on ne fait que s’éloigner davantage chaque jour.
Que faut-il donc faire ?
D’abord, s’abandonner soi-même et, de la sorte, abandonner toute chose. En vérité, celui qui renonce à un royaume, au monde même, en se gardant soi-même, ne renonce à rien. Mais l’homme qui se renonce lui-même, quoi qu’il garde, richesse, honneur ou quoi que ce soit, a renoncé à tout. (…)
Regardes et, là où tu te trouves, renonces-toi. Voilà le plus haut.
Sache que jamais personne ne s’est assez quitté qu’il ne trouve à se quitter davantage. Commence donc par là, meurs à la tâche : c’est là que tu trouveras la paix véritable, et nulle part ailleurs.

Quelques paroles que le vicaire de Thuringe, prieur d’Erfurt, frère Eckhart, de l’ordre des Prêcheurs, adressa à ses fils spirituels qui lui posaient toutes sortes de questions lorsqu’ils étaient rassemblés pour la collation du soir.
22 novembre 2009
Vie antérieure
Sur le champ de bataille, un coup de tonnerre éclata et le ciel se couvrit de nuages très noirs. Alors une ondée de pluie et de grêle ravagea les feuilles des arbres aux alentours, et des tornades de vent secouèrent la forêt comme si la fin du monde approchait.
Puis la tempête cessa brusquement. Le ciel redevint bleu et le soleil réapparut à travers les branches dénudées. C’est alors qu’un vol d’oiseaux survint et se posa sur le grand chêne qui dominait la plaine. Ils se mirent à chanter de façon si étrange et si magnifique que le jeune chevalier, se mettant à rêver, ne sut bientôt même plus où il se trouvait et ce qu’il avait décidé d’accomplir. Encore subjugué par ce chant, il vit venir à lui, à grande allure, la horde adverse dont les armures resplendissaient sous le soleil. Reprenant ses esprits, il quitta la frondaison et s’engagea à la suite de ses nombreux compagnons d’armes qui forçant l’allure tenaient tous leurs lances roides et droites. Les lourds cavaliers se précipitèrent les uns contre les autres comme s’ils se haïssaient à mort depuis l’aube des temps.
Le choc fut effroyable.
Les lances éclatèrent et volèrent en éclats, les boucliers furent percés et les hauberts mis à mal. Ils s’assaillirent alors à l’épée, se frappant à tour de bras, dessus, dessous, déchiquetant les débris de leurs écus, se tailladant bras et flancs …
Le jeune chevalier restait inébranlable, solidement campé sur son cheval, ne lésinant pas sur les coups. Il avait son heaume fendu et bosselé, et son haubert si disloqué qu’il ne servait plus à rien, mais il savait – comme son code de l’honneur lui demandait – qu’il ne céderait jamais.
Enfin, la bataille durant depuis plusieurs heures, il parvint à écarter le heaume d’un prince qui en fut tout étourdi et saisi de frayeur, n’ayant jamais reçu un tel coup. De fait le fer avait fendu sa tête, jusqu’à la cervelle et du sang vermeil inondait la coiffe et le haubert. Le prince en éprouva une si intense douleur que le cœur faillit lui manquer. Il comprit bien qu’il était blessé à mort et que toute résistance était désormais vaine. Aussi piqua t-il son destrier, et prit-il son élan vers l’arrière. Le jeune chevalier éperonna sa monture avec fougue pour rattraper le fuyard mais ce dernier prit une grande avance. Il l’entraîna ainsi au cœur des gens d’armes du camp adverse qui de plusieurs coups mortels portés à son cheval noir le précipitèrent à terre avec violence. Le sang et la sueur inondèrent son visage quand il se releva près à faire face, mais il fut à nouveau jeté à terre par un coup terrible qui arracha son heaume et le laissa si affaibli que le temps ralentit subitement. Il aperçut l’enseigne de combat flottant devant ses yeux et comme dans un rêve il vit parfaitement l’homme plonger son épée en lui …
Il n’avait pas mal. Le temps s’était suspendu.Les cris s’étaient tus, le silence et une acuité inhabituelle faisait qu’il percevait jusque moindre souffle de vent … Il allait mourir, mais n’éprouvait nulle peur, nulle angoisse. Il savait. Il avait déjà vécu ce moment, de nombreuses fois … C’était là son destin et son honneur de guerrier … Il savait. Notre action est l’éternelle affirmation de la liberté humaine … Nos pensées, nos paroles et nos actes sont les cordes du filet que nous jetons autour de nous.
Considérations sur l'existence
Dès que nous dépassons le plan de la survie – ce qui n’est pas le lot d’une grande partie du genre humain – la question fondamentale du sens de notre vie s’impose à nous avec insistance.
Dans nos pays « riches », beaucoup de gens se sentent pris par la routine du quotidien qui lamine les « rêves d’enfants ». Certains pensent être passés (ou passent) à côté de l’essentiel. D’autres se sentent brimés par des exigences sociales, familiales et/ou professionnelles. D’autres encore sont usés par trop de stress, ou minés par l’ennui ou le désespoir.
Beaucoup se réfugient dans une activité trépidante, laborieuse et pleine, d’autres s’absorbent dans le vide ou l’indolence.
Insipide devient la vie.
Bien sûr, il en existe qui bénéficient des bonheurs qu’accorde l’aisance matérielle, mais découvrent malgré tout, tôt ou tard, que celle-ci ne suffit plus à donner sens à leurs vies.
En fait, rien « d’extérieur » ne peut combler le vide de sens « intérieur ».
La raison d’être profonde ne s’attache pas tant à ce que nous « faisons », mais bien à ce que nous « sommes ». Elle concerne notre « état d’esprit », notre état d’être …
Il ne s’agit pas d’opposer « l’extérieur » et « l’intérieur », le « faire » et « l’être », mais bien de comprendre, que l’un n’allant pas sans l’autre, il est primordial de ne pas négliger notre état d’être intérieur.
Cet état d’être consiste à s’éveiller, vraiment ! Sortir du rêve … Et prendre soin de nous, réellement.
Aussi simple que cela.
Voilà bien là l’objectif commun à toute l’humanité, car l’éveil est la raison même de ce monde. L’éveil à notre nature profonde.
Nous pouvons tricher, nous mentir à nous-mêmes, obtenir de grandes choses par l’effort, le travail, la combativité, l’intelligence, la passion, la volonté ou encore la ruse … Aucune joie véritable et durable n’émane de ces accomplissements qui finissent invariablement par la souffrance (de soi ou des autres).
Aussi longtemps que nous négligeons l’être et que sans cesse « projetés » vers « l’extérieur » de l’existence nous vivons « en décalage » avec l’instant présent ; « ce qui est ».
Bien sûr travailler pour les autres, prendre soin de ses enfants, viser l’excellence morale, intellectuelle, sportive ou professionnelle, etc … ne SONT PAS des actions sans valeur. Ces activités SONT des raisons d’existence dans le monde concret.
Mais tout cela reste dans la dimension temporelle, par nature relative, instable, impermanente, sujette à « l’anéantissement ».
Ce que nous disons, nous, c’est la nécessité vitale « d’intégrer » - dans TOUTES nos activités humaines - la dimension intérieure qui consiste à finalement … « éliminer » le temps, être pleinement là.
Présents dans le moment.
En supprimant le temps, nous créons le « lien » entre « intérieur » et « extérieur », entre « être » et « faire ».
Il existe donc de la perfection, de la justesse dans chaque geste accomplit si anodin soit il.
Comme de se brosser les dents, par exemple.
Je me souviens, à la Gendronnière, des yeux pétillants d’une personne qui racontait à table son premier samu ; nettoyage des vitres, son « excitation » laissait entrevoir la réalisation de gestes simples effectués en « pleine conscience ». Une attention jusque là (peut-être) inconnue ou du moins insoupçonnée.
C’est à partir de « petites chose » que naissent de « plus grandes » a dit quelqu’un. La « grandeur » : abstraction mentale, fantasme de l’ego.
Paradoxe.
Le moment présent est toujours « petit ».
Imaginez, imaginez votre vie, votre « petite » vie, au regard des 15 milliards d’années d’age qu’attribuent certains à notre planète bleue.
Mais au tréfonds de ce moment (de votre vie) réside un pouvoir incommensurable, inimaginable, inconcevable.
Pensez aussi à l’atome, sa petitesse et l’énergie qu’il renferme.
L’anxiété, le stress, l’obscurcissement du monde moderne (le monde mort) peuvent nous couper de ce « pouvoir ».
Alors, de nouveau, nous sommes seuls, impuissants, fragiles, …
Nous nous battons pour refaire surface, pour faire face et tâchons de faire ceci ou cela.
Mais pourquoi le désarroi est-il apparu ?
Parce que nous sommes « sortis » du moment présent, parce que nous nous sommes détournés de « ce qui est » vraiment …
Nous avons « oublié » notre raison d’être profonde qui est « présence vigilante et bienveillante », envers nous-mêmes … avant d’être envers les autres.
L’être humain et vous-mêmes sont plus importants que TOUS les « objets » de ce monde.
21 novembre 2009
Queste


09 novembre 2009
Foi

La prière est le plus grand rempart de l'âme.
L'Âme de l'âme est la Foi.
Saint Augustin


05 novembre 2009
On est bien peu de chose



