08 octobre 2009
Une chanson désespérée (revisitée)

Ton souvenir surgit de la nuit où je suis
La rivière à l'océan joue sa plainte obstinée
Seul comme les quais dans le matin gris
C'est l'heure de partir, ô moi l'abandonné !
En toi se sont accumulés avec les guerres les envols
Les oiseaux de mon chant de toi prirent essor.
Tu as tout englouti, comme fait le lointain.
Comme la mer, comme le temps
Et tout en moi fut un naufrage !
De l'assaut, du baiser c'était l'heure joyeuse
Lueur de la stupeur qui brûlait comme un phare
Mon âme ailée, blessée, dans l'enfance de brume
Explorateur perdu, tout en moi fut naufrage !
Mais j'ai fait reculer la muraille de l'ombre
J'ai marché au-delà du désir
Ô ma chair, chair de la femme aimée, de la femme perdue
Je t'évoque et je fais de toi un chant à l'heure humide
Tu reçus l'infinie tendresse comme un vase
Et l'oubli infini te brisa comme un vase
Dans la noire, la noire solitude des îles
C'est là, femme d'amour, que tes bras m'accueillirent.
C'était la soif, la faim, et toi tu étais le fruit
C'était le deuil, les ruines et tu étais le miracle
Femme, femme, comment as-tu pu m'enfermer
Dans la croix de tes bras, la terre de ton âme
Mon désir de toi fut le plus terrible et le plus court
Le plus désordonné, ivre, tendu, avide
Cimetière de baisers, dans les cendres survit le feu,
Furieux accouplement de l'espoir et l'effort
Qui nous noua tous deux et nous désespéra
La tendresse, son eau, sa farine légère
Et le mot commencé à peine sur les lèvres
Ce fut là le destin où allait mon désir
Où mon désir tomba, tout en moi fut naufrage !
C'est l'heure de partir, c'est l'heure dure et froide
Que la nuit toujours fixe à la suite des heures
La mer fait aux rochers sa ceinture de fracas
Froide l'étoile monte et noir l'oiseau s'éloigne
Abandonné comme les quais dans le matin
Et seule dans mes mains se tord l'ombre tremblante
Oui, bien plus loin que tout. Combien plus loin que tout.
Plus loin que loin ...
C'est l'heure de partir. Ô moi l'abandonné.
Pablo NERUDA
Commentaires
C'est follement gai...mais un grand poème.
C'est bon
de te "voir" ma désirée ...
:o)
Je connais très mal Neruda, et j'ai tant à "connaitre" à découvrir...c'est un très beau poème. Vraiment.
Tu es triste?
Triste ?
non, non. J'aime bien ... comme y disent les pouètes ; le spleen ou encore le "vague à l'âme", c'est bô ça le vague à l'âme.
:o)
C'est indéniable qu'il y a une part de mélancolie en toi. Un petit bout de bleu.
Il y a
bcp de "parts" chez tt le monde non ?
Tu crois qu'on est plein de bouts ? ;o)
Oui. Mais je m'en fous des autres, là tout de suite, c'est toi que j'observe.
Maxime :
Pour vivre heureux, vivons cachés !
... Anthropologue ?
Anthropophage.
Rire!
Tiens, cadeau. Une jolie chanson très douce pour le vague à l'âme...
http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/entre%20elle%20et%20lui
Merci.
Mais je n'ai pas réussi à écouter en entier :o/
Dis moi, qu'existe t il entre elle et lui ?
Ah bon?? ça marche pas?
Entre elle et lui, il n'y a rien. A part ce qu'elle y a mis.
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