16 juillet 2009
Le Voyage

Un jour
Tu as finalement su ce que tu avais à faire
Et tu t’y es mise
Alors que les voix autour de toi
Hurlaient sans cesse leurs funestes conseils
Alors que la maison entière
S’était mise à trembler
Et que tu sentais
Les vieux fers à tes chevilles
« Répare ma vie ! »
Criait chaque voix
Mais tu ne t’es pas arrêtée
Tu savais ce que tu avais à faire
Alors que le vent
De ses doigts raides
Fouillait les fondations mêmes
Alors que leur mélancolie était atroce
Il était déjà assez tard
La nuit tempêtait
Et la route était jonchée de branches tombées
Et de pierres
Mais petit à petit
Comme tu laissais les voix derrière toi
Les étoiles
Se sont mises à briller à travers le manteau de nuages
Et
Une voix nouvelle
Que tu as lentement reconnue
Comme la tienne
T’as tenu compagnie
Tandis qu’à grand pas
Tu pénétrais de plus en plus profondément
Le monde
Déterminée à faire
La seule chose que tu pouvais faire
Déterminée à sauver
La seule vie que tu pouvais sauver.
MARY OLIVER – Le voyage
08 juillet 2009
Douce obscurité

Quand tes yeux sont fatigués
Le monde aussi est fatigué
Quand ta vision s'en est allée
Aucune partie du monde ne peut te trouver
Il est temps
D'aller dans l'obscurité
Où la nuit a des yeux
Pour reconnaître les siens
Là
Tu peux être sûr
Que tu n'es pas au-delà de l'amour
L'obscurité t'accueillera en son sein
Ce soir
La nuit
Te donnera un horizon
Plus lointain que ce que tu peux voir
Tu dois apprendre une chose
Le monde a été créé pour que tu y sois libre
Abandonne
Tous les autres mondes
Hormis celui auquel tu appartiens
Parfois
Il faut l'obscurité
Et le doux enfermement de la solitude
Pour apprendre
Que toutes chose ou tout être
Qui ne te rend pas vivant
Est trop petit pour toi.
David Whyte , "Douce obscurité"



