23 mai 2009
Rue des Etoiles


20 mai 2009
Conte zen - Hashino le moine
Le vieux maître zen aimait cette histoire.
« Ce conte représentera un jour un moment important sur votre chemin de sagesse ... », dit-il en souriant malicieusement aux jeunes novices.
« Si vous aviez connu la ville de Nara en ce temps-là ! Nara « la verdoyante, le lotus embaumé », joyau de l'île de Honshu, la capitale religieuse du japon, la Rome bouddhique. Entre ses murs vivaient des centaines de nonnes et de moines. Partout fleurissaient les sanctuaires, chapelles, pagodes à plusieurs étages, temples célèbres. Le plus connu de tous était le merveilleux temple de Todai-ji.
Lors des grandes fêtes bouddhiques, l'empereur lui-même assistait aux cérémonies. Ce jour-là, toute la ville était en liesse. Une foule immense se répandait dans les ruelles autour du temple, les bateleurs, les montreurs de marionnettes, les mimes, les acrobates rivalisaient d'adresse, amusaient les badauds de leurs tours.
Soudain un bruit courait : « L'empereur, l'empereur ! » Les soldats armés de lourdes lances écartaient la foule, et le cortège s'avançait : l'empereur richement vêtu d'or sur son palanquin, entouré d'une nuée de courtisans, de ministres, de samouraï et de bonzes. Les parfums d'encens embaumaient l'air, et les chants accompagnaient d'une musique céleste la lente progression du cortège impérial vers le grand portique du temple, que surmontait le magnifique Bouddha laqué resplendissant de mille lumières.
C'étaient de merveilleuses fêtes ! »
Conclut le vieil homme subitement silencieux et songeur.
« Le conte, Maître, le conte ! » Suppliaient les jeunes novices.
Le maître souriait de plus belle : « Le lieu et le moment font partie de l’histoire, soyez attentifs, la sagesse ne se livre pas aux impatients.
Or, en ce temps-là, il arriva qu'un moine tombât éperdument amoureux d'une nonne. Ryonen était belle, d'une beauté radieuse, à la fois éclatante et mystérieuse. Son teint, son port de tête, son allure, tout dans son physique charmant éblouissait mais elle y joignait une intelligence pénétrante, un caractère décidé, et une générosité, une attention aux autres, qui l'éclairaient d'une lumière intérieure.
Ryonen aurait pu rendre fou d'amour le plus sage des hommes … et des moines peut-être ...
Hashino l'aimait d'un amour déraisonnable, exacerbé. Il ne mangeait ni ne dormait, il était distrait dans ces zazen comme durant les cérémonies rituelle.
Obsédé, il ne voyait qu'elle, ne vivait que pour elle.
Il courait à sa perte.
Une nuit, il franchit le pas, commit le crime suprême, il s'introduisit dans sa cellule de moniale, et la supplia de l'aimer.
Ryonen tenait alors le destin de Hashino entre ses mains. Il eût suffi qu'elle crie, qu'elle appelle ses soeurs, et le pire serait advenu. Mais elle ne se débattit point, ne manifesta aucun étonnement. Elle dit seulement au novice, qui brûlait de désir : « Je me donnerai à toi, demain. ».
Le jour suivant était jour de grande fête. À l'occasion de l'illumination du Bouddha, l'empereur assistait aux offices. C'est là, dans le sanctuaire du temple de Todai-ji, qu'elle apparut à Hashino complètement nue.
« Prends-moi, dit-elle, maintenant ! »
Alors Hashino vécut un grand Satori, peut être même l'Éveil – le visage du maître s’illumina d’un irrésistible sourire - Comme dans ces rêves où la forme et le fond changent en un éclair de place, se mélangent et fusionnent au point de plus savoir où sont envers et endroit.
Dans un tourbillon, il vit la Réalité jusque-là cachée. Il sut que son amour était artificiel, fantasmatique, ses désirs fous semblables aux reflets changeants de la lune sur l'eau.
Le voile de Maya, l’illusion fondamentale s'était déchiré. Il accéda à la racine du moi, à la Vérité, à la Paix Profonde ... »



